On entend souvent dire que la génération des millennials serait désintéressée, désengagée, voire désinvolte…  Le dynamisme observé sur les réseaux sociaux tend à prouver le contraire pour cette campagne, plus que jamais 2.0. La génération Y a très bien perçu les enjeux de société qui se manifestent à travers le débat démocratique et ces élections, et s’y intéresse. Elle a conscience que sa voix compte et entend se faire entendre.

 

C’est dans ce contexte que les médias traditionnels ont investi les supports de prédilection de cette génération  en y adoptant leur tonalité et leur forme.

Ainsi, convaincu que l’audience jeune s’intéresse à de l’actualité sérieuse exprimée avec de nouveaux codes, Le Monde a développé sa présence sur Snapchat en proposant des formats courts et percutants alliant synthèses, décryptage animé et interactif. Avec 2,7 millions de vues mensuels et 425 000 abonnés à sa chaîne, le quotidien a trouvé son audience.

 

 

À l’occasion de la campagne électorale, Konbini a lancé une nouvelle offre de contenus avec Speech qui décode les sujets de société. De nombreux candidats se sont prêtés au jeu du Fast & Serious pour présenter leur programme en y mêlant sérieux et décontraction.

Pas plus tard qu’hier l’ancienne l’ex-garde des Sceaux Christiane Taubira y a pris la parole pour appeler les jeunes à se mobiliser contre le FN. La vidéo a recueilli près de 2 millions de vues en une journée.

 

Média Speech Christiane Taubira

 

Fin 2016, on a également assisté à la naissance de Brut ou Explicite, marqueurs d’une nouvelle génération de médias « no-web », présents uniquement sur les réseaux sociaux. Issus tous les deux des médias traditionnels (Renaud Le Van Kim, célèbre producteur d’émissions pour C+, France5 ou LCI pour Brut, anciens d’i-Télé pour Explicite), la ligne éditoriale repose sur le décryptage de l’actualité, l’humour et le live. Proposant des formats mobile first puis partagés, ces médias cherchent à attirer la cible des millennials qui privilégient YouTube aux écrans télévisés.

Les candidats ont, quant à eux, très bien intégré les codes de ces réseaux et ont multiplié les occasions qui s’offraient à eux d’aller à la rencontre de la jeune génération : vidéo live sur  Facebook, réponses directes sur Twitter, exposition de programme sur YouTube… Snapchat a même proposé une série d’interviews sur son fil « Discover » des 5 principaux candidats.

 

Pourtant, quand on observe les grandes incertitudes qui ont rythmé cette campagne, nous pouvons nous demander si les codes propres à ces plateformes, qui misent sur la rapidité, l’interactivité et l’humour, se prêtent au débat politique.

 

Parce que ces nouveaux formats n’apportent – visiblement – pas les clés de compréhension de l’actualité et de notre société, une génération de youtubeurs, férus de politiques et de sciences sociales, émerge. Ils ont la volonté de décrypter et de donner une lecture différente de la société. Qui mieux que les millennials pour parler aux millennials ? Ces nouveaux chroniqueurs inventent un autre espace de débat politique. Des avis tranchés, des partis pris assumés, un ton direct et franc, c’est ce qui fait leur popularité. Certains rassemblent d’ailleurs des centaines de milliers d’abonnés, confirmant les propos de Jean Massiet, un streamer politique de 28 ans : « La campagne de 2007 a été celle des blogueurs, celle de 2012 s’est jouée sur Twitter, 2017 sera celle des youtubeurs ».

 

 

Ils assument une certaine subjectivité en toute transparence et sans malhonnêteté intellectuelle. Et c’est ce qui plaît : des analyses partisanes et revendiquées comme telles.

Ainsi, leur audience s’identifie facilement à eux et à leurs messages, favorisant leur implication et leur intérêt pour le débat public. On peut même les considérer comme des influenceurs politiques voire des leaders d’opinions.

Médiapart a compris rapidement la portée et l’engagement que généraient ces nouvelles plumes.  Usul, 31 ans, youtubeur politique, s’est vu offrir la possibilité de produire sa propre chronique sur le site du journal, L’air de la campagne.

 

Serait-ce l’occasion pour les millennials de faire entendre leur(s) voix dans les médias traditionnels ? On perçoit déjà un vent de changement des mentalités à l’égard de cette jeunesse : « Allons Enfants ! », un documentaire diffusé sur France 4 et créé par des youtubeurs, dresse le portrait d’une jeunesse qui s’engage et se mobilise.

Caroline Jacquot

Louis du Sartel

Source image : Le Péril jeune – 1994

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